Faire jouer son réseau est parfois une stratégie qui paye sur le marché du travail. Selon plusieurs études en économie, 30 à 50% des postes seraient obtenus grâce aux cercles de connaissances. Mais encore faut-il savoir sur quels réseaux s’appuyer pour être embauché. Selon les économistes Sofía Ruiz-Palazuelos, María Paz Espinosa et Jaromír Kovářík, les réseaux de connaissances éloignées fonctionneraient mieux que les cercles d’amis proches. Un éclairage intéressant qui remet en question certaines idées reçues.
Pour obtenir un emploi, traverser la rue est rarement suffisant. Il faut savoir développer différentes stratégies : prospecter, peaufiner sa candidature mais aussi « réseauter ». Les cercles de connaissances peuvent en effet servir de tremplin pour la carrière et certains n’hésitent pas à jouer de leurs contacts. Mais au-delà des collègues, les amis jouent aussi un rôle crucial en faisant circuler les offres d’emplois. Or, ce n’est pas la même chose d’avoir des contacts dispersés qui ne connaissent pas entre eux qu’une bande d’amis proches qui se regroupent fréquemment. Et, les liens que nous tissons avec les autres peuvent avoir des conséquences sur les opportunités que nous recevons. L’équipe de chercheurs nous montre comment et surtout quels réseaux permettent d’être facilement embauché.
À propos
Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.
Réseauter, oui mais comment ?
LinkedIn, mais aussi Facebook, Instagram et bien d’autres réseaux sociaux sont devenus des plateformes d’embauche. En 2017, aux États-Unis, la chaîne de fast-food McDonald lançait sa campagne de recrutement sur le réseau Snapchat en diffusant des vidéos de 10 secondes de ses employés présentant les avantages à travailler chez McDo. En quelques clics, les utilisateurs pouvaient accéder aux offres d’emploi près de chez eux et postuler sur internet. L’entreprise n’est d’ailleurs pas la seule à chercher ses employés sur les réseaux. Dès 2016, la directrice marketing de la banque JPMorgan annonçait déjà au média Business Insider « Vous devez aller chercher les gens là où ils sont et là, ils sont sur Snapchat ».
Aujourd’hui, près de 82 % des demandeurs d’emploi utilisent les réseaux sociaux. Mais il n’y a pas que sur internet que les réseaux de connaissances permettent d’obtenir un emploi. Les cercles d’amis côtoyés au quotidien sont aussi fréquemment utilisés : 30 à 50 % des emplois seraient obtenus grâce aux contacts personnels. Toutefois, la qualité du réseau et sa structure peuvent avoir des conséquences inattendues sur la probabilité d’obtenir un emploi.
D’un glissement de doigt, les utilisateurs intéressés se retrouvent sur la page de candidature de la firme sur Snapchat, qui leur présente les offres disponibles près de chez eux, auxquelles ils peuvent postuler en quelques minutes.
En 1973, Mark Granovetter, un sociologue américain, montrait que 16,7 % des employés interrogés ont eu connaissance d’offres d’emploi grâce à leur cercle d’amis proches, tandis que 83,4 % d’entre eux ont trouvé un emploi grâce à leur cercle de connaissances éloignées. Un résultat surprenant qui a poussé les économistes Sofía Ruiz-Palazuelos, María Paz Espinosa et Jaromír Kovářík à se pencher sur l’impact des réseaux dans la recherche d’emploi.
Article initialement paru dans la revue Dialogues Economiques le 22 janvier 2025.
Référence : Ruiz-Palazuelos, S., M. P. Espinosa, J. Kovarik. 2023. « The Weakness of Common Job Contacts ». European Economic Review, 160, 104594.
Crédit photo : Marvin Meyer sur Unsplash.