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Squelette qui fume Vincent Van Gogh
Illustration tabac

Vivre le cancer n’éloigne pas du tabac

Pourquoi certaines personnes continuent-elles à fumer… même après avoir vu un proche tomber gravement malade à cause du tabac ? Une étude basée sur 200 000 Français montre que ces “chocs familiaux” influencent très peu les comportements. De quoi interroger l’efficacité des politiques de prévention.

Temps de lecture : 3 minutes

Selon Santé publique France, le tabac a tué environ 68 000 personnes en France en 2024, soit près de 186 morts par jour. Dans le monde, il est responsable de plus de 8 millions de décès annuels, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Malgré le consensus scientifique sur ses méfaits, et des décennies de mesures de prévention, comme les campagnes de sensibilisation, les paquets neutres, les photos chocs, et les hausses des prix, près d’un quart des adultes français continuent de fumer. Pourquoi est-il si difficile de faire changer les comportements ?

Plus encore que les messages de prévention, on pourrait imaginer que l’expérience vécue, celle d’un proche qui tombe malade, d’un parent atteint d’un cancer lié au tabac pourrait agir comme un déclic. Qu’il transforme durablement et radicalement nos habitudes. Mais est-ce le cas ? Les chercheurs Sylvie Blasco, Eva Moreno Galbis et Jeremy Tanguy analysent l’impact d’un “choc familial” comme le diagnostic d’un proche sur les comportements. Cette étude constitue un éclairage important pour les politiques de santé publique.

À propos

Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.

Les chercheurs se sont appuyés sur les données de la cohorte Constances, un vaste dispositif de santé publique qui suit plus de 220 000 adultes en France sur plusieurs années. Les participants y renseignent chaque année leurs habitudes de vie, notamment leur consommation de tabac et passages d’examens médicaux ainsi que leurs antécédents familiaux. Elle permet ainsi de reconstituer, dans le temps, les trajectoires individuelles de tabagisme.

Des travaux antérieurs aux résultats contrastés

L’étude s’inscrit dans une vaste littérature en économie de la santé sur les comportements à risque malgré le diagnostic d’un parent. Des études antérieures1 ont mis en évidence que les chocs de santé peuvent modifier les préférences individuelles. Les économistes américains Michael Darden et Donna B. Gilleskie2, observent, par exemple, une légère baisse du tabagisme, essentiellement chez les filles après un choc cardiovasculaire du père. D’autres travaux sur la transmission familiale des comportements suggèrent une certaine continuité et concluent globalement à des effets faibles, voire inexistants. 

Grâce à la richesse de la cohorte Constances, les chercheurs ont pu observer si le diagnostic, chez les parents, d’un cancer du poumon ou d’un autre cancer lié au tabac, modifie ou non la consommation de cigarettes chez leurs enfants. Ils ont aussi étudié comment l’impact varie en fonction de l’âge de l’enfant au moment où le parent reçoit le diagnostic. 

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Moreno Galbis
Prénom
Eva
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Auteur scientifique, AMSE, Aix-Marseille Université, Faculté d'économie et de gestion
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Vinchon
Prénom
Timothée
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Journaliste scientifique