Aller au contenu principal
Photo portrait de Daphné Lesmasquerier, Crédit : Jean-Charles Caslot
Daphné Lemasquerier

Daphné Lemasquerier, Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco

Les femmes représentent aujourd’hui seulement 33 % des chercheurs dans le monde, et 28 % en France. Faire croître le nombre de femmes en science est donc un véritable enjeu de société. Pour la 15e édition annuelle du Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco pour les Femmes et la Science, 21 doctorantes et 14 post-doctorantes ont été récompensées en France. Ces dernières ont été sélectionnées parmi 740 candidatures par un jury composé de 28 chercheurs de l’Académie des sciences. Daphné Lemasquerier fait partie des lauréates.

Temps de lecture : 3 minutes

Fanny Trifilieff : Pouvez-vous résumer votre parcours en quelques phrases ?

Daphné Lemasquerier : Après une classe préparatoire en biologie, physique, chimie et sciences de la Terre à l’île de la Réunion, j’ai intégré le département de Géosciences de l’ENS de Lyon où je me suis spécialisée dans la physique-chimie de la Terre et des autres planètes. Grâce à différents stages, j’ai découvert ma discipline actuelle : la mécanique des fluides géophysiques. Ayant grandi à la Réunion avec son volcan et son environnement géologique riche, j’ai toujours eu un attrait pour la modélisation et la compréhension de mon environnement. C’est également ce qui me plaît dans ma discipline : faire de la modélisation physique fondamentale de phénomènes environnementaux que l’on observe sur Terre, dans les océans, dans l’atmosphère ou sur d’autres planètes. J’ai ensuite complété ma formation en géosciences avec un M2 en mécanique des fluides et physique non-linéaire à Marseille, avant d’enchaîner avec ma thèse à l’Institut de Recherche sur les Phénomènes Hors Équilibre (thèse soutenue le 13 octobre 2021 ndlr).

F.T : Quel est le sujet de vos recherches pour lesquelles vous avez été récompensée ?

D.L : J’ai travaillé durant trois ans sur la dynamique observée dans la couche de nuages qui recouvre Jupiter. Nous avons étudié les gros tourbillons cycloniques et anticycloniques, tels que la Grande Tache rouge, mais aussi la dynamique des vents Est-Ouest, appelés vents zonaux. Ces derniers, très intenses et très stables, sont responsables de la structure en bandes blanches et ocres de Jupiter. Nous modélisé ces phénomènes dans des expériences de mécanique des fluides en laboratoire. Notre approche consiste à reproduire les ingrédients physiques fondamentaux qui font que ces phénomènes existent. Puis, nous essayons de modéliser les processus de base qui se trouvent derrière pour pouvoir les extrapoler aux planètes. C’est assez complémentaire des observations directes permises par les sondes spatiales comme Juno. Parfois, les mesures et données reçues peuvent être difficiles à interpréter, en les confrontant à nos modèles, nous pouvons en tirer davantage d’information. 

F.T : Que représente pour vous le fait d’être lauréate du Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science ?

D.L : C’est un véritable bonus pour démarrer sa carrière scientifique ! Outre la reconnaissance d’avoir reçu ce prix, la dotation financière (15 000 € pour les doctorantes ndlr) assure une autonomie pour envisager la suite de sa carrière. De mon côté, je vais partir en postdoc au Texas. Ce prix me donnera l’occasion de sillonner les laboratoires américains avec lesquels on n’a pas forcément l’occasion d’être en contact quand on se trouve en Europe. J’aimerais également retourner à la Réunion pour faire de la diffusion scientifique et encourager les jeunes filles et garçons à se lancer dans les filières scientifiques. Je pense que c’est important pour les jeunes de prendre le temps de se questionner sur leurs affinités, de cultiver leur curiosité en faisant abstraction des influences extérieures, des pressions sociales ou encore des biais de genre qui peuvent dissuader de s’engager en science, même si ce n’est pas toujours facile.