Régulateur clé du climat mondial et réservoir exceptionnel de biodiversité, l’océan fait face à des pressions anthropiques et climatiques sans précédent. Face à ces bouleversements, l’expertise scientifique classique montre ses limites : cloisonnée en silos disciplinaires, elle peine trop souvent à guider la décision et l’action. Dans une perspective publiée dans la prestigieuse revue npj Ocean Sustainability (groupe Nature), des scientifiques de l’Institut des Sciences de l’Océan d'Aix Marseille Université et de l’EOREA (European Ocean Research and Education Alliance) l'affirment : l'interdisciplinarité n’est plus un simple idéal méthodologique, c’est une nécessité scientifique et politique.
Dépasser les frontières disciplinaires pour mieux agir
Intitulé « Interdisciplinarity in marine sciences is key to addressing ocean challenges », cet article de perspective plaide pour faire de l’interdisciplinarité un fondement des sciences marines. Pour répondre à des problématiques aussi complexes qu’évolutives telles que la prolifération des plastiques, le déploiement de l’éolien en mer, l'érosion côtière ou encore l'exploitation des grands fonds marins, un seul champ d'expertise ne suffit plus. Il devient indispensable de croiser les méthodes, les données et les regards.
Par exemple, la création d'une aire marine protégée ou un projet d'infrastructure littorale ne sont viables que s’ils associent, dès l'amont, la biogéochimie, le droit maritime, l'ingénierie, mais aussi la sociologie, l'économie et les savoirs locaux. L'étude et le déploiement de solutions durables et de politiques publiques efficaces supposent de faire dialoguer plusieurs expertises et les acteurs concernés.
L’interdisciplinarité ne va pas de soi et les financements, les critères d’évaluation et les parcours professionnels restent largement organisés autour des disciplines. Les auteurs appellent donc à faire évoluer les pratiques des institutions : favoriser les collaborations de long terme, reconnaître le travail collectif, former les chercheurs aux méthodes interdisciplinaires et associer davantage les acteurs publics, économiques et la société civile à la production des connaissances.
Transformer la formation et la recherche
Le collectif appelle à une refonte structurelle de la recherche et de l’enseignement supérieur. Il s'agit de repenser les critères d'évaluation académique — qui pénalisent encore les parcours hybrides — et de former une nouvelle génération de spécialistes capables de dialoguer au-delà de leur champ d'expertise.
A amU, cette dynamique s'incarne déjà à travers 21 instituts d’établissement interdisciplinaires dont l'Institut OCEAN, des formations innovantes comme le DESU en gouvernance internationale de l’océan, et la Mission Interdisciplinarité(s), en charge d’amplifier et d’accompagner cette transformation à l’échelle de l’université.
Selon les auteurs de l'article, faute d’un rôle moteur joué par l’enseignement supérieur et la recherche dans cette transition, ce sont les logiques de court terme qui risquent de dicter l’agenda. La collaboration interdisciplinaire doit donc devenir une responsabilité partagée, un nouveau cadre reliant l'excellence scientifique à la justice, et la science à la société.
Pour aller plus loin, consultez l'article complet en accès libre dans Nature Portfolio / npj Ocean Sustainability :
Référence :
Thomas, S., Tribot, AS., Carson, S.G. et al. Interdisciplinarity in marine sciences is key to addressing ocean challenges. npj Ocean Sustain 5, 43 (2026). https://doi.org/10.1038/s44183-026-00209-x
Liste complète des auteurs et autrices : Sarah Thomas, Anne-Sophie Tribot, Siri Granum Carson, Loic Roulette, François Sabatier, Virginie Sanial & Richard Sempéré
Article publié le 15 septembre 2026