Le projet BioRev-Aix (pour biodiversité et réseau viaire à Aix-en-Provence), financé par le Ministère de la Transition écologique dans le cadre du programme biodiversité, aménagement urbain et morphologie (BAUM), initié en 2019 par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA), a souhaité interroger la capacité de la rue à être support de fonctionnements urbanistiques et écologiques. Dans ce cadre, le réseau des rues et des voies urbaines a été appréhendé comme un support non seulement favorable à l’accueil d’une diversité d’usages et d’appropriations humaines, mais encore à l’épanouissement de dynamiques écologiques d’habitat et de dispersion.
Le découpage de "tronçons de rue"
Croisant urbanisme et écologie, cette recherche s’est appuyée sur le “tronçon de rue” comme unité d’analyse originale pour modéliser la morphologie urbaine et interroger sa biodiversité.
Le « tronçon de rue » correspond à un linéaire de voie urbaine (hors route et sentier) inclus entre deux intersections, et auquel a été appliquée une zone tampon (buffer) de 30 m de part et d’autre de son axe central.
Sur quels tronçons planter des arbres ?
Un ensemble de 5460 tronçons, classifiés en 5 types morphologiques contrastés, a ainsi pu être généré à l’échelle du territoire d’étude, dont le périmètre se concentre sur le centre-ville et les premières couronnes périurbaines aixoises1.
Il s’est par la suite agi de considérer le tronçon en tant qu’élément d’un réseau viaire interconnecté. Pour ce faire, le travail s’est centré sur l'identification des tronçons de rues sur lesquels il serait théoriquement plus pertinent de planter des arbres afin d’améliorer les connectivités écologiques à l’échelle du territoire.
En pratique, cette approche de modélisation s’est fondée sur la simulation de l’accroissement de l’aire d’habitat atteignable par l’écureuil roux. Cette espèce commune de rongeurs arboricoles a, en effet, été choisie pour sa propension à utiliser les arbres du réseau viaire comme vecteurs de déplacement à travers la ville.
En intégrant les connaissances scientifiques sur les distances de dispersion propres à cette espèce, un algorithme d’aide à la décision a alors été développé2. Pour son application, le choix a été fait de s’appuyer sur un pavage hexagonal de la ville, forme permettant de conserver au mieux les distances entre deux points dans l’espace. L’aire d’étude a alors été pavée de 688401 hexagones de 3,77 m de côté (37 m²).
Quand ville et nature s'intriquent
En fonction du niveau de sa surface arborée, chaque hexagone a été associé à un potentiel d’habitat ainsi qu’à une probabilité de connexion. L’importance des différents tronçons de rue et leur potentielle contribution à la connectivité globale du graphe paysager de l’écureuil roux a été testée.
L’application de cet algorithme d’optimisation a conduit à l’identification d’un ensemble de 1569 tronçons de rue où planter des alignements d’arbres pourrait améliorer la connectivité écologique des canopées, et ainsi favoriser les déplacements de l’écureuil dans la ville. La spatialisation de ces tronçons à potentiel met en exergue l’importance des situations de franges ville-nature et de liaisons de périphérie à périphérie.
Cela conduit alors à ne pas seulement envisager les démarches de végétalisation urbaine comme de simples formes de compensation de la minéralité des espaces centraux, mais aussi comme des sources d’interpénétration entre ville et nature.
Sur la trace de l'écureuil roux
Ces résultats sont désormais testés sur le terrain avec la mise en œuvre de suivis GPS et d’analyses de génétique des populations sur les écureuils roux dans la Ville d’Aix-en-Provence, pour identifier les potentielles barrières au mouvement pour cette espèce in natura.
Ce travail a également contribué au développement d’un outil d’aide à la décision innovant mis à la disposition des partenaires de la ville d’Aix afin d’accompagner la mise en œuvre de sa politique de végétalisation du réseau viaire.
L’outil, appelé GECOT pour Graph-based Ecological Connectivity Optimization Tool, a maintenant évolué pour permettre de prendre en compte les effets cumulés des actions de végétalisation sur la connectivité des habitats, permettant ainsi de trouver la combinaison de tronçons à végétaliser menant à la plus forte augmentation de l’aire atteignable d’habitat3.
Références :
- Romeyer B., Montel N., Pham M., Consales J N, 2024, « Appréhender la nature en ville à travers le tronçon de rue : une double approche méthodologique et projectuelle du cas d’Aix-en-Provence », in Bonneau E., L’urbanisme en transition : écologisation et coopérations, Presses universitaires de Bordeaux, pp.49-74.
- Hamonic, F., Couëtoux, B., Vaxès, Y., Albert, C. 2023, Cumulative effects on habitat networks: How greedy should we be? Biological Conservation, 282, 110066.
- Hamonic, F., Vaxès, Y., Couëtoux, B., Albert, C, 2025, GECOT: Graph-based Ecological Connectivity Optimization Tool. Methods in Ecology and Evolution (sous presse).
- Figure liée au projet ERC SCALED (ERC STG 949812) - Plus d'informations sur le projet : https://www.scaled-erc.eu/
Crédit photo : Natalija Mislevicha sur Pexels.
Article publié le mardi 8 juillet 2025.