Une équipe internationale de scientifiques d'Aix Marseille Université, du CNRS et de l'Université de Reading (UK) vient de publier une étude, conduite pendant plusieurs années et associant modélisation, paléoclimatologie et analyse des niches écologiques, suggérant que les facteurs environnementaux ne seraient pas responsables de la disparition des Néandertaliens. Ces travaux, qui ont analysé une période du passé (entre -90 000 et -50 000 ans), ont aujourd’hui une résonance particulière en s'intéressant à la relation entre changement climatique, modification de l’environnement et survie d’une espèce...
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Ce qu'il faut retenir :
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Après avoir été l'espèce humaine dominante en Europe pendant plus de 200 000 ans, la population fossile des Néandertaliens disparait vers -40 000 ans. La compétition avec Homo sapiens, arrivé en Europe à la même époque, est souvent invoquée pour expliquer cette extinction, mais d’autres causes auraient pu intervenir. Une proposition qui est de plus en plus suggérée concerne le rôle fondamental du changement climatique. Afin de tester l'hypothèse de l’effet du changement climatique, les scientifiques ont modélisé l’évolution au cours du temps des niches écologiques (c’est à dire l’ensemble des conditions physico-environnementales) favorables aux Néandertaliens en Europe à l'aide de reconstructions paléoenvironnementales et de la modélisation des niches éco-culturelles.
Figure 1 - Résultat du logiciel de modélisation des niches éco-culturelles (Maxent1) pour la première période étudiée (entre -90 000 et -83 000 ans) : plus la couleur est proche du rouge, plus la région est favorable aux Néandertaliens, plus la couleur est proche du bleu, moins la région est favorable.
Figure 2 - Résultat du logiciel de modélisation des niches éco-culturelles (Maxent1) pour la dernière période étudiée (entre -51 000 et -50 000 ans) : plus la couleur est proche du rouge, plus la région est favorable aux Néandertaliens, plus la couleur est proche du bleu, moins la région est favorable.
À partir des données paléoenvironnementales, ils ont ensuite reconstitué1 les niches favorables à la population des Néandertaliens au cours du temps. La comparaison statistique2 de l'évolution de ces zones favorables à la vie des Néandertaliens au fil du temps permet de démontrer que, après un fort changement environnemental initial, au cours des périodes les plus récentes (entre -64 000 et -50 000 ans) de vastes zones très favorables à l'occupation des Néandertaliens ont persisté. L'espace théoriquement favorable disponible pour les Néandertaliens au moment de leur déclin n’a pas diminué : des mêmes zones restent favorables au cours du temps. En conclusion, le changement de l’environnement climatique de l'Europe dans son ensemble n'a probablement pas été le principal responsable de la disparition de la population fossile des Néandertaliens.
Ce résultat fondamental3 s’intègre dans la question toujours ouverte sur les causes de la diminution ou du déplacement de la population des Néandertaliens vers le sud de l'Europe au cours des changements climatiques préhistoriques.
Références :
- Phillips SJ, Dudík M, Schapire RE. Maxent software for modeling species niches and distributions (Version 3.4.4) [Internet]. 2020. Available from: http://biodiversityinformatics.amnh.org/open_source/maxent
- R Core Team. R: A Language and Environment for Statistical Computing. The R Project for Statistical Computing. 2022. https://www.r-project.org/
- Degioanni A, Cabut S, Condemi S, Smith RS (2025) Climate change in Europe between 90 and 50 kyr BP and Neanderthal territorial habitability. PLOS ONE 20(2): e0308690.
Photo d'illustration par Silvana Condemi - Musée de l'Homme de Néandertal, Mettmann, Allemagne
Article publié le 4 mars 2025.