Le changement climatique se fait ressentir chaque jour un peu plus, 2022 en est un exemple marquant avec des canicules, sécheresses et inondations partout dans le monde. Mais le changement climatique n’affecte pas que les hommes, il perturbe également les animaux et les plantes. Il perturbe même les interactions entre espèces, qui sont le fondement du fonctionnement des écosystèmes.
La pollinisation : indispensable à la reproduction des plantes à fleurs
La pollinisation est un service écosystémique fourni par les insectes qui sont indispensables à la reproduction de la majorité des plantes à fleurs, dont celles que l’on mange. Pour localiser les ressources florales, les pollinisateurs utilisent à la fois des signaux visuels (couleur et taille des fleurs) et des signaux chimiques : les odeurs. L’odeur florale est un mélange complexe de plusieurs dizaines de molécules volatiles et est très sensible au stress, (par exemple stress hydrique). Un changement dans l’odeur des fleurs pourrait entraîner des conséquences sur leurs interactions avec les insectes.
Cette étude réalisée en 2018 se place dans le contexte de garrigue méditerranéenne. Les scientifiques ont cherché à comprendre comment la réduction modérée des précipitations à long terme (leur système excluant en moyenne 12% de l’eau de pluie) affectait l’odeur florale et quelles étaient les conséquences sur les interactions plantes-pollinisateurs. Les résultats ont montré une modification significative des odeurs florales de toutes les espèces étudiées, causée en particulier par des émissions plus intenses des composés volatiles marqueurs de stress. En d’autres termes, la garrigue, en conditions de sécheresse, même limitée, ne sent pas tout à fait pareil !
La sécheresse modifie les relations entre les pollinisateurs et les plantes
En parallèle, ils ont également observé une modification des interactions plantes-pollinisateurs : les abeilles domestiques ont visité plus souvent les plantes non-stressées et à l’inverse les plantes stressées ont été davantage visitées par les abeilles solitaires. Les abeilles domestiques ayant une très grande capacité à discriminer les ressources, notamment celles de bonne qualité, il est envisageable qu’elles aient préféré récolter les ressources des plantes non-stressées. Ces changements dans les visites des espèces d’abeilles pourraient aussi être liés à des modifications des ressources florales. Par exemple, bien que nous n’ayons pas détecté de différence dans la quantité de nectar produite par les fleurs dominantes de la garrigue, ils ont mesuré une diminution par quatre de la quantité de nectar produit par le thym en condition de stress ! Enfin, même s'ils ne l’ont pas mesuré, la sécheresse a pu également modifier la qualité des ressources florales comme la composition en différents sucres du nectar.
Bien que les résultats ne montrent pas d’impact sur la production de graines par les plantes, il reste inquiétant de constater qu’une sécheresse modérée puisse modifier les odeurs florales et les interactions plantes-pollinisateurs. Dans ce contexte, il est probable que des événements climatiques extrêmes (comme ceux observés en 2022) entraînent des conséquences néfastes beaucoup plus importantes sur le fonctionnement des écosystèmes. De plus,ils n'ont étudié qu’une des composantes du changement climatique, la sécheresse, mais il y a fort à parier que cumulés aux changements de températures, ou à la pollution atmosphérique, ces effets soient décuplés. Davantage de travaux de recherches sur le sujet sont nécessaires pour prédire l’impact de ces événements extrêmes, et pour identifier des leviers d’atténuation des effets néfastes de l’embrasement climatique.
Référence : Jaworski C, Geslin B., Zakardjian M, Lecareux C, Caillault P, Nève G, Meunier JY, Dupouyet S, Sweeney A, Lewis OT, Dicks L. & C. Fernandez. 2022. Long-term experimental drought alters floral scent and pollinator visits in a Mediterranean plant community despite overall limited impacts on plant phenotype and reproduction. Journal of Ecology.
Publication parue le 29 juillet 2022 dans Journal of Ecology.