Largement méconnu en dehors des cercles universitaires, le taux d’actualisation social (TAS) est essentiel pour comprendre la valeur future des investissements dans les infrastructures. Bien que particulièrement pertinent dans un monde menacé par le changement climatique, les gouvernements et les économistes ont longtemps débattu du taux d’actualisation à utiliser, ou même de la nécessité d’un taux fixe. Les économistes Christian Gollier, Frederick van der Ploeg et Jiakun Zheng ont récemment sondé l’opinion, au sein de leur profession, sur le taux d’actualisation social. Entre l’importance théorique des taux d’actualisation spécifiques aux projets et la réticence à modifier les taux dans la pratique, leurs conclusions valent la peine d’être écoutées — surtout si l’on considère la nécessité d’élargir le débat au-delà de l’économie.
Sécheresses, inondations, tempêtes… Ce ne sont là que quelques-uns des effets du changement climatique, dont les experts des Nations unies avertissent des conséquences sociales et économiques qui affectent déjà la vie de milliards de personnes. Pourtant, si les effets immédiats de la hausse des températures sont évidents — des incendies de forêts, à la fonte des calottes glaciaires — les répercussions à long terme sont beaucoup plus difficiles à évaluer. Et se tromper risque de compromettre des projets qui pourraient assurer la prospérité de nos enfants.
Au cœur de cette controverse se trouve une formule appelée le « Taux d'Actualisation Social » (TAS). Utile pour comprendre la valeur finale d’un investissement, un peu comme pour une analyse de risque traditionnelle, mais englobant des périodes plus longues et des coûts plus importants, les gouvernements utilisent le TAS lorsqu’ils décident de construire des ports, des hôpitaux, des chemins de fer, etc.
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Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.
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Les investissements destinés à lutter contre le changement climatique, comme des éoliennes ou la capture du carbone dans l’air, s’appuient également sur le TAS. Mais comme les ministères des Finances ne sont pas sûrs du bon taux à utiliser pour l’ensemble des projets, ou bien de la nécessité d’en utiliser un pour chaque projet, le TAS reste l’un des outils les plus controversés du monde économique. Si l’on tient compte des coûts sociaux et financiers potentiels d’une action insuffisante — d’ici 2100, le changement climatique pourrait réduire le PIB mondial de 37 % — le TAS devient également l’une des questions les plus importantes. Il n’est donc pas étonnant que les chercheurs en économie Christian Gollier, Frederick van der Ploeg et Jiakun Zheng aient récemment mis au point une enquête pour comprendre les positions de leurs confrères sur le TAS. Leurs résultats posent d’importantes questions tant pour les universitaires que pour les décideurs politiques.
Actualisation du climat
Les analyses coûts-avantages sont un pilier de la science économique. Le TAS s’en rapproche : une tentative de calculer les avantages sociaux d’un projet sur le long terme, les résultats étant exprimés en valeur actuelle. Un taux d’actualisation faible, comme 2 % suppose que les avantages d’un projet prennent du temps à disparaître, ce qui le rend donc bénéfique plus longtemps, pour les générations à venir. Un taux d’actualisation plus élevé, comme 7 %, suppose le contraire. L’importance d’adapter le TAS à chaque projet est implicite. Compte tenu de l’impact du changement climatique, par exemple, une centrale nucléaire devrait bénéficier d’un taux plus faible qu’une mine de charbon. Toutefois, en raison de l’inertie institutionnelle et de la décentralisation, les gouvernements utilisent généralement un seul TAS pour toutes les administrations.
Les conséquences de l’inflexibilité sont lourdes. S’appuyer sur un TAS trop élevé gonfle inutilement le risque, et représente une barrière pour effectuer des projets essentiels. L’inverse est également vrai. Un TAS trop bas peut entraîner un gaspillage de ressources en permettant la réalisation de projets qui s’avèreront finalement infructueux. Fondamentalement, cela s’explique par l’incertitude profonde régnant sur ce sujet. En effet, si des experts affichent un pessimisme face au réchauffement de la planète, d’autres sont beaucoup moins certains.
Article initialement paru dans la revue Dialogues Economiques le 19 juin 2024.
Référence : Gollier C, van der Ploeg F., Zheng J., 2023, « The Discounting Premium Puzzle: Survey Evidence from Professional Economists » Journal of Environmental Economics and Management 122 (October): 102882.
Photo d'entête : Roya Ann Miller sur Unsplash.