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Le microcrédit en Inde, une réponse au défi climatique ?

En Inde, le microcrédit aide à amortir les chocs climatiques, constate l’économiste Timothée Demont dans sa recherche sur des groupes communautaires d’entraide économique de l’État de Jharkhand, une région de l’est du pays. Son analyse porte sur les effets de ces groupes sur la résilience économique des villages lors de sécheresses qui frappent les récoltes.

Temps de lecture : 3 minutes

Novembre 2020, des milliers de fermiers indiens se massent aux portes de Delhi pour protester contre les nouvelles lois de libéralisation du secteur agricole. Ces mesures ont soufflé sur les braises de la colère des agriculteurs, qui dénonçaient déjà des revenus insuffisants, le surendettement massif et la corruption autour des subventions.

En Inde, cinquième puissance mondiale et quatrième producteur agricole, le secteur occupe la moitié de la population, mais représente seulement 16 % du PIB. Or, dans ce pays déficitaire en eau, la situation économique des fermiers indiens est fortement liée aux évènements climatiques. En Inde, 26 millions de personnes sombrent dans la pauvreté chaque année à cause des catastrophes naturelles selon un rapport de la Banque mondiale. Dans son étude, l’économiste Timothée Demont analyse les effets de groupes communautaires de microcrédit sur la lutte contre les variations de revenus liés aux chocs climatiques.

À propos

Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.

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Des revenus dépendants d’une météo imprévisible

À partir des années 1990, pour faire face à l’extrême pauvreté et aux aléas de revenus, la Banque Nationale indienne pour l’agriculture et le développement rural (NABARD) met en place à grande échelle des Self-Help Groups (SHG) dans tout le pays. Le principe est simple : on constitue dans chaque village un groupe d’une quinzaine de femmes. Elles cotisent un certain montant chaque semaine et décident avec ce pot commun d’accorder des prêts à celles qui en auraient besoin, en fixant à l’avance un taux d’intérêt et un échéancier. Ces prêts peuvent permettre de financer des achats liés à l’entreprise agricole (engrais, location de matériel, achat de stocks), mais aussi des dépenses liées à la santé, à l’éducation, ou à la consommation.

La recherche de Timothée Demont porte sur 36 villages, tous situés dans la région de Jharkhand, présentant une variété de climats et d’événements météorologiques. Les villages ont été sélectionnés au hasard, selon la méthode dite de « randomisation ». Popularisée par l’économiste nobélisée Esther Duflo, cette méthode permet de sélectionner des villages identiques sur le plan statistique. À partir de 2002, l’ONG locale partenaire PRADAN a mis en place des groupes de microcrédit dans les villages sélectionnés au hasard, les autres villages de l’étude étant considérés comme des villages témoins. Le chercheur a ensuite étudié l’écart entre les villages « traités » et les villages « de contrôle » durant six années, pour évaluer l’effet des groupes d’entraide dans la résistance économique des villages face au manque d’eau.

L’est de l’Inde, région de l’étude, est particulièrement vulnérable aux conditions météorologiques puisque la majorité des cultures, principalement des rizières, dépendent de la pluie. Sans système d’irrigation, les rizières nécessitent une mousson abondante pendant les mois d’été afin d’assurer une récolte suffisante les mois d’hiver, permettant de générer assez de revenus pour l’année à venir, et l’achat de nouvelles semences. Mais l’équilibre est fragile. Certaines années, les jours de sécheresses se succèdent, la mousson arrive trop tard ou en trop faible quantité… En 2019, le retard de la mousson avait causé la perte de 22 % de la production de riz au niveau national, provoquant des effets dramatiques sur les revenus de centaines de millions de familles.