Les norovirus, présents dans les eaux marines et responsables d’épidémies de gastro-entérite, représentent un défi majeur pour les professionnels de l’ostréiculture, qui voient régulièrement leurs productions impactées, notamment pendant les périodes festives de fin d’année. Face à ce constat, des réponses innovantes sont développées afin de protéger les installations ostréicoles. Le projet Ultranoro propose d’étudier une solution potentielle, en première mondiale : l’ultrafiltration pour purifier l’eau de mer.
L’Équipe Procédés Membranaires (EPM), du Laboratoire de Mécanique Modélisation et Procédés Propres (M2P2) d’Aix Marseille Université réalise une première mondiale : évaluer en grandeur réelle le potentiel de l’ultrafiltration pour la protection d’installations ostréicoles. Le projet « Ultranoro », réalisé avec l’Ifremer, le Comité régional de la Conchyliculture des Pays de la Loire et le Syndicat Mixte pour le Développement de l'Aquaculture et de la Pêche en Pays de la Loire, vise à purifier l’eau de mer par ultrafiltration. L’objectif : éliminer les norovirus, responsables d’épidémies de gastro-entérite, de l’eau qui alimente les bassins de stockage d’huitres.
Pour stopper le norovirus détecté à la fois dans les stations d’épurations, les cours d’eau, l’océan Atlantique mais également dans les animaux placés sur l’estran, une unité d’ultrafiltration protège les huitres présentes dans un bassin mis à disposition par un professionnel ostréiculteur. Capable de traiter 15 m3.h-1, elle est mise en place de février à avril 2025 sur deux sites ostréicoles.
Comment le norovirus s’invite dans nos assiettes
Le parcours du norovirus avant contamination est désormais bien connu. Tout commence dans les selles des personnes infectées, qui contaminent les eaux usées. Lorsque ces eaux sont insuffisamment traitées ou lors de fortes pluies, elles peuvent se déverser dans l'environnement puis dans la mer où se trouvent les huîtres. Ces mollusques, véritables filtres vivants, pompent jusqu’à 5 litres d’eau de mer par heure pour se nourrir et accumulent les virus dans leurs tissus.
Le norovirus peut persister plusieurs semaines dans l'huître, sans altérer l'apparence ou le goût du coquillage. Sa dose infectieuse est très faible : une quantité de 18 particules virales est susceptible de provoquer une infection, ce qui augmente d’autant plus les risques de tomber malade après avoir consommé des huitres contaminées.
Éviter des pertes importantes pour la filière dans le futur
En 2023, les pertes liées au norovirus ont atteint 7 millions d'euros uniquement pour le Bassin d'Arcachon, et potentiellement entre 21 et 28 millions d'euros au niveau national, selon les estimations du CNC. Les résultats du projet Ultranoro doivent permettre de fournir une solution viable à la profession qui subit régulièrement de fortes pertes.
En combinant les compétences de chercheurs et de professionnels du secteur, le projet Ultranoro ouvre ainsi la voie à de nouvelles méthodes de protection, essentielles pour la pérennité de l’ostréiculture.
Ultranoro est un projet financé par la Région Pays de la Loire.
Article publié le mercredi 19 mars 2025.