Êtes-vous prêt pour un voyage insolite et passionnant dans les méandres du cerveau humain ? Rencontre avec Vincent Di-Marino, co-auteur de l’Atlas anatomique et photographique du cerveau, qui offre un panorama photographique complet de cet organe fabuleux.
Vous avez déjà consacré plusieurs ouvrages à différentes parties de l’anatomie humaine. Pourquoi vous êtes-vous intéressé au cerveau cette fois-ci ?
Lorsque nous nous lançons dans une carrière aussi longue que la carrière médicale, nous espérons pouvoir apprendre toutes les facettes de l’anatomie humaine et se découvrir éventuellement une passion pour l’une d’elles. Pour moi, ce fut la neuroanatomie et plus particulièrement la partie consacrée au cerveau, magnifiquement enseignée, à Marseille, par le Pr Paul Bourret qui nous dessinait patiemment au tableau, les structures nerveuses et leurs faisceaux de connexion. Devenu externe des hôpitaux, j’ai eu la chance de pouvoir choisir mon affectation dans le service de neurologie de la Timone où j’ai pu assister aux consultations de neurologues prestigieux qui parvenaient à établir des diagnostics précis par le seul examen clinique et leur maitrise de l’anatomie cérébrale, à une époque où n’existaient ni scanner, ni IRM. Devenu plus tard chirurgien des hôpitaux, on me confia le nouveau service de transplantations rénales à l’Hôpital Sainte-Marguerite où je fus de nouveau confronté, lors des prélèvements d’organes, au problème de la « mort cérébrale ». Etant devenu à la même époque professeur d’anatomie, c’est donc, tout naturellement, que je décidai de consacrer une grande partie de ma recherche universitaire au cerveau et au système nerveux central.
Pourquoi avez-vous choisi de réaliser un ouvrage principalement photographique au lieu d’un manuel traditionnel ?
Nous ne voulions pas réaliser un manuel traditionnel, car il en existe déjà de nombreux, pour la plupart avec de beaux schémas légendés. Nous souhaitions montrer aux futurs médecins, grâce à des photos, la réalité des structures mises en évidence par les dissections. Pour les coupes, trop souvent de peu d’intérêt puisque de teinte pâle uniforme, nous avons bénéficié d’une technique de coloration très intéressante, découverte au laboratoire d’anatomie de façon fortuite. Avec Yves Etienne et Maurice Niddam, co-auteurs de l’atlas, nous avions remarqué qu’un échantillon de cerveau ayant subi une conservation formolée (ndlr, l’utilisation du formol était encore utilisée au sein de l’Union européenne à l’époque) et plongé ensuite dans une solution de chlorure ferrique, prend une coloration métallique très intéressante, rehaussant les structures et entrainant une parfaite distinction entre substance blanche et substance grise. Les coupes dont les photos figurent dans l’atlas, ont pu être traitées par ce procédé de coloration et constituent une spécificité supplémentaire de notre ouvrage.
A travers l’Histoire, l’anatomie se mêle souvent avec l’artistique lorsqu’il s’agit de représenter les objets d’études, notamment via le dessin. Qui a réalisé les photographies et les coupes pour cet ouvrage ?
Il est exact que le dessin a permis aux anciens anatomistes de s’approcher de la réalité. Un exemple en est fourni par le dessin du faisceau du cingulum par Foville (1833) très comparable avec une photographie de dissection dudit faisceau présent dans l’atlas. Mais à notre époque, rien n’est plus démonstratif que les photographies, surtout si elles sont prises à la fin de la dissection, par celui qui vient de la réaliser. Cette façon de procéder nous a permis d’obtenir des photos très explicites, prises sous les angles les plus adaptés (ce qui n’aurait pas pu être le cas avec un photographe professionnel, mais sans connaissance anatomique !). Pour ce qui est des coupes, elles ont été réalisées suivant nos consignes, notre direction et en notre présence, par les excellents techniciens du laboratoire d’anatomie, suivant la procédure classique sur têtes congelées.
Vous êtes l’auteur de multiples ouvrages, mais celui-ci est le premier réalisé en français. Pourquoi ce changement ?
Notre premier ouvrage d’anatomie du système nerveux avait été publié en français. Mais par la suite, l’anglais s’étant imposé comme langue scientifique, non seulement dans les pays anglo-saxons, mais aussi, à travers le monde, nous avons confié à Springer-Verlag, l’édition en langue anglaise, de tous nos livres scientifiques. Pour l’atlas actuel, l’ouvrage avait été volontairement préparé, cette fois-ci pour une édition française, car nous le destinions, avant tout, à nos chers étudiants de médecine, de neurosciences et de toutes les spécialités « neuro ». Mais lorsque nous avons contacté notre ancien éditeur Springer, il nous a été annoncé que désormais, il n’éditait qu’en anglais. Alors a commencé pour nous une recherche difficile d’un éditeur français, la plupart n’osant s’engager pour un atlas contenant plus de 100 photos et donc de coût éditorial assez onéreux. C’est avec satisfaction que nous avons pu obtenir « l’engagement à publier » des Presses Universitaires de Provence après avis favorable des sapiteurs qui ont examiné notre travail, ce dont nous les remercions.
Vincent Di Marino, ex-professeur émérite d’anatomie, a dirigé le Laboratoire d’Anatomie de la Faculté de Médecine de Marseille de 2001 à 2012.
Référence : Di Marino, V., Etienne, Y., & Niddam, M. (2024). Atlas anatomique et photographique du cerveau : 42 planches (dont 41 photographiques) de neuroanatomie et de neuroscience. Paru en avril 2024 aux Presses Universitaires de Provence.
Article publié le 21 juin 2024.
Propos recueillis par Fanny Trifilieff.