Le stress est souvent perçu comme un frein, mais une étude menée par des économistes montre qu’il peut, dans certains cas, stimuler les performances. Des étudiants exposés à des sujets angoissants, comme le chômage ou les conséquences de la pandémie en termes de santé mentale, réagissent en augmentant leur concentration et leurs performances.
Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation internationale du travail (OIT), la dépression et l’anxiété liées au travail entraînent la perte de 12 milliards de journées de travail par an, coûtant près de 1 000 milliards de dollars à l’économie mondiale. Cela souligne l’impact massif des troubles mentaux et la nécessité d’agir. Paradoxalement, les chercheurs en économie Timothée Demont, Daniela Horta Sáenz et Eva Raiber montrent que selon le contexte, que le stress peut devenir un moteur de performance, transformant les situations stressantes en défis à relever. Par exemple, l’inquiétude liée à la précarité de l’emploi ou la prise de conscience de l’urgence écologique peuvent parfois avoir un effet bénéfique si un objectif clair et atteignable est introduit, un peu à l’image d’un acteur pétri de trac avant de monter sur scène sur le point de proposer sa plus belle prestation. Cependant, tous ne réagissent pas de la même manière face au stress, et les écarts de performance peuvent même se creuser en fonction du profil socio-économique.
À propos
Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.
La « tunnelisation positive »
La plupart des études antérieures sur l’effet du stress sur les performances cognitives montraient une diminution des capacités face à la rareté des ressources. Par exemple, les économistes Mani, Mullainathan, Shafir et Zao, spécialisés en économie comportementale, expliquent que le manque d’argent ou de temps handicape la prise de décision efficace. Cela a été observé notamment chez des agriculteurs du Tamil Nadu, en Inde, où la pauvreté crée une charge cognitive qui sape l’attention et réduit la performance.1
Article initialement paru dans la revue Dialogues Économiques le 19 mars 2025.
Référence : Demont, T., Horta-Sáenz, D., Raiber, E., 2024, "Exposure to worrisome topics can increase cognitive performance when incentivized by a performance goal". Scientific Reports, 14(1), 1204.
Crédit photo : Photo par Niklas Hamann sur Unsplash