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Vue aérienne panoramique sur la basilique de Notre Dame de la Garde et le vieux port de Marseille.
Marseille

Travailler sur les accents marseillais

Rendez-vous avec Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste et spécialiste du parler marseillais, qui nous partage ses recherches sur les différents accents de la ville.

Temps de lecture : 3 minutes

Fanny Trifilieff : Qu’est-ce que la sociolinguistique ?

Médéric Gasquet-Cyrus : La sociolinguistique fait partie des sciences du langage. Elle s’intéresse au contexte social, aux échanges naturels et aux usages spontanés qu’ont les individus quand ils s’expriment. On observe le langage tel qu’il se produit in situ dans la rue, les écoles, les cafés. Il ne s’agit pas d’une linguistique formelle mais empirique, on s’intéresse au langage tel qu’il est produit dans la société. C’est une discipline qui étudie les enjeux sociétaux du langage : qu’est-ce qui se joue quand on parle ? En fonction de notre accent, de notre façon de parler, on peut entrevoir (mais pas toujours) notre région d’origine, notre milieu social, notre expression de genre, etc. On y étudie les interactions entre les personnes, par exemple, comment évoluent les interactions, les rapports sociaux lorsque l’on parle avec un accent ? Pourquoi peut-on être discriminé (positivement ou négativement) en fonction de cela ? On est dans l’interprétation du sens social du langage.

F.T : Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur ce sujet ?

M.G-C : Mes premiers travaux portaient sur les accents de Marseille. On parle souvent de « l’accent marseillais » alors qu’à Marseille, il y a plusieurs accents et façons de parler marseillais. J’ai travaillé sur ces catégorisations : qu’est-ce que ça veut dire quand on parle d’« accent du Vieux Port » ou de l’« accent de l’Estaque » ? Pourquoi l’accent dit « des quartiers Nord » est considéré comme un « accent des cités » ? Avec quelles conséquences sociales ? Désormais, je travaille sur l’apport des nouveaux arrivants à Marseille. Cette population sociologiquement nouvelle s’intègre à la ville de différentes façons et parle un français qui n’est pas le français local ; ces gens ont souvent vécu dans une ou plusieurs grandes villes de France et n’ont pas forcément de marqueurs régionaux, mais plutôt un français « standard ». Qu’est-ce qui se joue au niveau social dans les échanges : est-ce que les Marseillais changent leur façon de parler pour s’adapter aux nouveaux arrivants ou, à l’inverse, est-ce que les néo-Marseillais prennent des traits locaux ? Cela donne une idée des rapports de forces sociales à Marseille.

F.T : Quelle approche de travail utilisez-vous pour faire vos recherches ?

M.G-C : Il n’y a pas de contexte expérimental en laboratoire où je placerais les personnes en situation. Je travaille sur des attestations concrètes de formes de discrimination. On peut trouver ce genre d’exemple à la télévision : une personne sous-titrée dans un reportage, alors que sa façon de parler est intelligible, ou bien un animateur qui se moque de l’accent d’une personne que l’on vient d’entendre. Je m’intéresse à toute séquence au cours de laquelle on peut voir émerger des jugements sur le langage, une catégorisation. Autre exemple : l’imitation systématique de « l’accent marseillais », lorsqu’on parle de Marseille, qui peut être perçue comme une forme de mépris. Pour récolter ces exemples, je passe aussi par des entretiens semi-directifs, avec des gens qui me racontent des expériences de discrimination subies à l’école, en entretien d’embauche, dans le milieu professionnel… J’allie l’analyse de ces récits avec l’observation directe des situations de discriminations. Elles peuvent se retrouver sur une multitude de supports : émissions de radio, commentaires Youtube ou encore Twitter.

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Nom
Nom
Gasquet-Cyrus
Prénom
Médéric
Fonction
Fonction
Maître de conférences en Sociolinguistique, Laboratoire Parole et Langage ( AMU/CNRS), Département des Sciences du Langage, UFR ALLSH