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AMSE - Illustration article travail

Travailler trop nuit gravement à la santé, l’exemple américain

Pourquoi les Américains vivent-ils moins longtemps que les Européens alors qu’ils dépensent bien plus d’argent pour leur santé ? C’est le paradoxe qu’explorent les économistes Tanguy Le Fur et Alain Trannoy en se questionnant : et si le temps de travail jouait un rôle ?

Temps de lecture : 5 minutes

En France, “travailler plus” s’est imposé comme un leitmotiv incontournable du débat public. Tantôt, il serait question de doper la compétitivité, soutenir la croissance, d’autre fois, il s’agirait d'assurer l’équilibre du système de protection sociale. Mais que coûte réellement cet effort supplémentaire que plusieurs gouvernements successifs ont appelé de leurs vœux ?

En 2019, les États-Unis ont consacré près de 17 % de leur PIB à la santé, contre 11 % en moyenne en Europe occidentale, tout en ayant une espérance de vie inférieure et davantage  de maladies chroniques. Depuis des années, ce paradoxe nourrit les critiques d’un système  jugé inégalitaire, trop onéreux et inefficace.

Les chercheurs en économie Tanguy Le Fur et Alain Trannoy proposent une piste inédite. Et si c’était le temps de travail qui abîmait la santé des Américains ? Leur modèle économique montre qu’au-delà d’un seuil d’heures travaillées, l’effet est contre-productif : on gagne plus d’argent pour se soigner, mais la santé se détériore plus vite. Une hypothèse qui pourrait expliquer près d'un tiers de l’écart constaté dans la santé des deux populations.

À propos

Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.

Des soins plus chers, mais pas plus efficaces

En 2019, avant la pandémie de COVID-19, les États-Unis affichaient des résultats médiocres sur de nombreux indicateurs de santé. Selon le Panorama de la santé de l’OCDE : sur 38 pays membres, ils se classaient 29ème pour l’espérance de vie à la naissance, 28ème pour l’espérance de vie à 65 ans, 29ème pour le nombre de décès prématurés évitables, et 35ème pour la prévalence des maladies chroniques. Une variété de facteurs a été avancée pour expliquer le moins bon état de santé des Américains : des « morts de désespoir »1 et une dramatique épidémie d’opioïdes, à l’obésité et au tabagisme, en passant par les inégalités face à un système d’assurance maladie privé et coûteux2.  
Ces classements médiocres ne sont pas une question de dépenses. Les États-Unis occupent la première place en termes de ressources consacrées aux soins de santé. Depuis les années 1980, les Américains dépensent toujours plus pour leur santé que les Européens, et l’écart s’est creusé pour atteindre aujourd’hui 6 points de PIB. 

Cela s’explique par le fait que la santé soit un “bien supérieur” : plus un pays s'enrichit, plus ses habitants investissent dans la santé. Une autre raison est le progrès technologique, qui multiplie les traitements innovants, mais coûteux. Mais ces deux facteurs ne suffisent pas à expliquer l’ampleur de la  dépense Outre-Atlantique. La différence majeure vient du prix des soins. Aux États-Unis, ils sont en moyenne 20 % plus élevés que les autres biens, contre seulement 4 % en Europe. Ces prix expliqueraient entre un et deux tiers de l’écart de dépenses entre les deux continents3. Conscient de ce déséquilibre, le président américain Donald Trump tente d’ailleurs de faire pression sur les laboratoires pharmaceutiques pour réduire le prix des médicaments aux États-Unis, afin de rapprocher leur coût de celui pratiqué en Europe.

Le surtravail, un risque sanitaire avéré

Si les prix élevés des soins et les inégalités sociales expliquent une partie du paradoxe américain, ils ne suffisent pas à en rendre entièrement compte. C’est pourquoi les deux chercheurs explorent une piste supplémentaire : le temps de travail. Les Américains travaillent aujourd’hui beaucoup plus que les Européens. D’après l’OCDE, en 2024, un salarié américain travaillait en moyenne 1 796 heures par an, contre 1 491 heures en France et 1 512 heures au Royaume-Uni, soit un temps de travail supplémentaire d’environ 12 semaines de travail à temps plein.

Cet écart n’a pas toujours existé. Jusqu’au début des années 1980, les Américains et les Européens travaillaient à peu près autant. Les trajectoires ont ensuite divergé. Plusieurs facteurs l’expliquent : des préférences culturelles plus favorables au travail, un système fiscal moins redistributif et plus incitatif4 aux États-Unis, la faiblesse des syndicats5 ou encore une valorisation sociale du surtravail, notamment chez les cadres. 

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Le Fur
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Tanguy
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Auteur scientifique, Université de Lille
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Trannoy
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Alain
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Auteur scientifique, EHESS, AMSE
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Vinchon
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Journaliste scientifique