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Le Haut Atlas Marocain
IMBE Haut Atlas Marocain

Meryem Aakairi, la chercheuse qui écoute les montagnes

Entre terrain, laboratoire et médiation scientifique, le parcours de Meryem Aakairi au sein d’amU et de l’IRD a été récompensé par le Prix Jeunes Talents L’Oréal‑Unesco en 2025. Cette recherche transdisciplinaire qui valorise les savoirs des femmes du Haut Atlas marocain a séduit le jury.

Temps de lecture : 4 minutes

Dans le Haut Atlas marocain, les montagnes ont la mémoire longue. Elles gardent les traces des pas, des saisons, des sécheresses, des gestes transmis de mère en fille. C’est là que Meryem Aakairi, doctorante à Aix Marseille Université (amU) et chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), a trouvé son terrain de recherche qui lui a permis d’être récompensée, en fin d’année dernière, par le prix Jeunes Talents L’Oréal‑Unesco. Une reconnaissance qui a fait irruption dans sa vie comme une bourrasque. « Une surprise totale », avoue la jeune femme. Puis la fierté. 

C’est dans ces montagnes d’ailleurs que tout a commencé, il y a 30 ans. Car avant d’être chercheuse, Meryem est une enfant du Sud marocain. Née à Agadir, la trentenaire a passé une grande partie de son enfance dans ces reliefs où vivent les Amazighes, l’un des plus anciens peuples d’Afrique du Nord. « Elles parlent une langue que la science n’écoute pas », dit-elle aujourd’hui. C’est cette langue, cette culture, cette mémoire qu’elle s’est employée à documenter.

Au milieu des femmes gardiennes d’une écologie sophistiquée

Mais avant d’être récompensée, la route qui a mené cette jeune femme au sommet a été longue et sinueuse. Pourtant, son parcours aurait pu être linéaire : une licence en biologie cellulaire et moléculaire, un master en biologie et environnement, une carrière en laboratoire. Très vite, quelque chose coince. Le silence des paillasses, l’odeur des solvants, les gestes répétitifs. « Il me manquait le contact humain », confie-t-elle. 

Alors elle bifurque. Elle s’éloigne des sentiers balisés et s’engage dans des projets de terrain. Deux ans d’agroécologie à Marrakech avec l’association Terre et Humanisme puis trois ans dans le Haut‑Atlas à travailler sur la biodiversité et l’entrepreneuriat rural. Trois ans à marcher avec les femmes, à écouter leurs récits, à comprendre leurs stratégies d’adaptation face à un climat qui change très vite. Cette dernière expérience la pousse vers la recherche. Non pas comme une ambition académique, mais comme une évidence.

Meryem Aakairi
Meryem Aakairi

En 2023, elle rejoint amU et l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale (IMBE), et repart aussitôt sur le terrain. Pas dans un hôtel. Dans le village, chez les femmes. Avec elles, elle partage leur quotidien, écoute, observe, apprend. « Mon identité amazighe et ma maîtrise de la langue m’ont permis une intégration naturelle. Ces femmes limitent souvent leurs contacts avec les étrangers. » 

Elle découvre alors un monde où la gestion des ressources n’est pas un concept, mais une pratique quotidienne. Elle observe comment elles « décident de fermer une montagne pendant plusieurs mois pour laisser la végétation respirer ». Comment elles « prolongent ces périodes quand la neige manque ». Comment elles « inventent, sans le dire, une sorte écologie basée sur l’adaptation permanente ».

Elle cite ce proverbe que les femmes lui répètent : « la nature nous donne, nous devons aussi prendre soin d’elle. » Cette phrase, elle la porte comme un fil rouge. « Ces adaptations locales montrent que les réponses aux changements climatiques doivent aussi partir du terrain, des savoirs communautaires, des populations qui vivent les transformations au quotidien. »

Les montagnes du Haut Atlas marocain
Les montagnes du Haut Atlas marocain

Faire sortir la science du laboratoire

Si, aujourd’hui, ce prix a permis à la jeune doctorante de sortir de l’ombre, il lui a donné confiance, offert une belle dotation et ouvert des portes. Elle travaille déjà sur un projet d’école de terrain entre amU et l’université de Casablanca « autour des chênes‑lièges, pour former les étudiants de master à la transdisciplinarité. » Mais développe surtout avec l’association marseillaise InkLink et des artistes catalans, une bande dessinée pour raconter les histoires des femmes amazighes, leurs savoirs, leurs gestes, leurs proverbes. « L’objectif est de simplifier la recherche sans la dénaturer, de la rendre vivante. La connaissance peut se transmettre par le récit, le dessin, les émotions. »  C’est d’ailleurs ce projet de médiation scientifique qui a particulièrement séduit le jury du prix L’Oréal.

 « Je ne veux pas que la science reste confinée dans mes laboratoires », conclut-elle. 

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