Le processus d’activation du bemnifosbuvir, médicament initialement mis au point pour traiter l’hépatite C, vient d’être décrypté. L’équipe de recherche à l’origine de ce résultat, menée par des scientifiques du laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques (AFMB), lève ainsi de nouveaux verrous pour démultiplier l’efficacité de ce type de médicament face à d’autres virus à ARN, notamment ceux responsables de la COVID-19, de la grippe ou encore de la dengue.
|
Ce qu'il faut retenir :
|
Le bemnifosbuvir est une molécule mise au point par la société américaine Atea Pharmaceuticals. Initialement conçue contre le virus VHC responsable de l’hépatite C, elle a été identifiée comme également active contre d’autres virus à ARN comme le Sars-CoV-2, virus à l'origine de la COVID-19. Ce médicament fait actuellement l'objet d'essais cliniques de phase II/III contre ces deux virus.
Une efficacité renforcée
Une fois ingéré sous forme de pilule, le bemnifosbuvir, comme tous les antiviraux de la même famille, nécessite de subir une série de modifications dans les cellules infectées avant d’obtenir la forme qui lui permettra d’inhiber la multiplication du virus. Les scientifiques ont ainsi découvert que cette série de modifications est dépendante de cinq enzymes différentes. Grâce à des techniques de cristallographie, ils sont parvenus à décrire à l’échelle atomique la structure tridimensionnelle de ces enzymes et leurs zones d’interaction avec le médicament. Ils ont par ailleurs identifié le motif chimique du bemnifosbuvir responsable de son efficacité renforcée dans les cellules du foie. Cette découverte ouvre ainsi la voie à une amélioration possible de l’efficacité du médicament dans d’autres organes touchés par l’infection, le poumon dans le cas de la COVID-19 par exemple.
Une meilleure maitrise de l’activation du médicament
Ce résultat, paru dans PLOS Biology le 27 août 2024, devrait ainsi aboutir à une meilleure maitrise de la chaine d’activation du médicament et à la mise au point de déclinaisons plus efficaces contre les différents virus à ARN. Il permettra également de prédire précisément sur quelles familles de virus le médicament sera actif et avec quels antiviraux il sera complémentaire. Grâce à ces nouvelles connaissances, les scientifiques pourront restreindre les essais cliniques aux modèles animaux qui possèdent bien les enzymes nécessaires à l’activation de ce type de médicament.
Article publié le 3 septembre 2024. Consultez le communiqué de presse du CNRS.
Référence : Chazot A, Zimberger C, Feracci M, Moussa A, Good S, et al. (2024) The activation cascade of the broad-spectrum antiviral bemnifosbuvir characterized at atomic resolution. PLOS Biology 22(8): e3002743.