Pourquoi les discours populistes séduisent-ils autant ? Pourquoi les promesses rigides, parfois irréalistes, paraissent-elles plus crédibles que des engagements nuancés ? Une étude récente analyse les ressorts stratégiques d’un système politique grippé par une crise de confiance envers les institutions.
Le 6 janvier 2020, quelques heures avant l’assaut contre le Capitole, Donald Trump galvanisait ses partisans en désignant comme ennemie une « élite corrompue », sourde aux intérêts du « vrai peuple, celui qui a construit l’Amérique ».
Cette rhétorique condense les ressorts du populisme. Une opposition tranchée entre « le peuple » et une minorité puissante, « l’élite », qui sert de bouc émissaire. Cette parole s’accompagne fréquemment d’attaques qui visent les contre-pouvoirs — notamment la presse et la justice.
La vague du populisme est mondiale. Des États-Unis à l’Europe, en passant par l’Amérique latine, le populisme a le vent en poupe. Mais comment expliquer cette dynamique ?
Pour l’économiste Massimo Morelli, spécialiste des questions d’économie politique, et ses collègues, une variable clé est à l’œuvre : l’effondrement de la confiance dans les institutions.
À propos
Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.
Crise de confiance, virage populiste
L’autorité des institutions publiques repose sur la confiance des citoyens. Cette croyance en la valeur morale et professionnelle permet l’adhésion aux règles et fonde leur légitimité. Sans confiance, les institutions vacillent.
En février 2024, seuls 22 % des Américains déclaraient faire confiance à l’État fédéral — un plancher historique. Cette méfiance touche également la justice, l’école ou encore les médias. Cette méfiance découle à la fois de l’insécurité économique (mondialisation, crises financières, automatisation) et d’un sentiment de déclassement.
Plus cette confiance se délite, plus les électeurs réclament des certitudes. En ce sens, ce ne sont pas les leaders qui instaurent le populisme, mais les électeurs qui l’exigent. Tel un nouvel état d’esprit collectif. Face à une confiance brisée, les électeurs préfèrent des engagements fermes, des discours simplifiés, une politique sans détour. Des promesses claires, immédiates, sans zone grise.
Dans ce contexte, les candidats les plus « engagés » — au sens d’engagement ferme, sans marge de manœuvre — tirent leur épingle du jeu. Pour Massimo Morelli et ses collègues Luca Bellodi, Antonio Nicolò et Paolo Robert, ce phénomène donne naissance à ce qu’ils appellent une « politique de l’engagement ». Une politique où le compromis est perçu comme une trahison, où les contre-pouvoirs deviennent suspects. Il s’agit de rompre avec un système « capturé » par les élites, en s’engageant explicitement à agir pour le peuple.
Article initialement paru dans la revue Dialogues Economiques le 17 septembre 2025.
Référence : Bellodi L., Nicolo A., Morelli M., Roberti P. 2023 "The Shift to Commitment Politics and Populism:Theory and Evidence," BAFFI CAREFIN Working Papers, Centre for Applied Research on International Markets Banking Finance and Regulation, Universita' Bocconi.
Crédit photo : Photo par Andreas Gruhl sur Adobe Stock