Dans de nombreux pays à faibles et moyens revenus, être une personne LGBTQIA+ expose à une double peine : aux discriminations s’ajoute la précarité économique. Un cocktail délétère pour la santé mentale mis en lumière par les économistes Bruno Ventelou et Erik Lamontagne qui croisent données sur le bien-être, conditions économiques et climat homophobe dans le monde entier.
Dès les premiers jours de son second mandat, Donald Trump a mis en place une série de mesures hostiles à l’égard des personnes LGBTQ+, notamment en supprimant les financements de programmes de recherche et d’aide les concernant. Une politique institutionnelle brutale qui risque d’avoir des conséquences durables pour la communauté LGBTQ+ non seulement aux États-Unis, mais aussi à l’échelle mondiale. De fait, dans près de 40 % des pays où les données sont disponibles, au moins une personne sur trois affirme ne pas vouloir d’une personne homosexuelle comme voisin. Ce rejet, mis en évidence par la World Values Survey n’est pas anodin. Il pèse sur le bien-être des personnes concernées.
Comment ce rejet affecte-t-il la santé mentale des personnes LGBTQIA+ ? Surtout lorsqu’il s’imbrique dans un contexte économique fragile qui accroît la vulnérabilité des plus démunis ? Pour les économistes de la santé Erik Lamontagne et Bruno Ventelou, le diagnostic est simple : plus le milieu de vie est homophobe, plus le mal-être des individus LGBTQIA+ augmente, mais le cumul d’un milieu homophobe et de la précarité économique forme un cocktail particulièrement délétère.
À propos
Dialogues économiques est une revue numérique de diffusion des connaissances éditée par Aix-Marseille School of Economics (AMU, CNRS, EHESS, Centrale Méditerranée) Passerelle entre recherche académique et société, Dialogues économiques donne les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens. Des articles sont publiés tous les quinze jours.
Une homophobie encore bien ancrée dans le monde
Leur étude repose sur une base de données mondiale – la Global LGBTQ+ Happiness Survey – regroupant les réponses de plus de 80 000 personnes provenant de 153 pays, en partenariat avec les représentants des communautés. Ce partenariat est l’une des forces de cette étude, tant il est compliqué de toucher les communautés dans certains pays très hétéronormatifs. Les participants ont été principalement recrutés en ligne sur des applications de rencontre, mais aussi par ce que les auteurs appellent « effet boule-de-neige » pour atteindre des personnes avec un accès internet limité ou dans des endroits où la mise en avant de son orientation sexuelle est risquée.
Un quart des répondants LGBTQIA+ déclarent être en souffrance psychologique et près de la moitié ne sont pas acceptés par leur famille. Les agressions physiques restent fréquentes : 21 % en ont déjà subi en raison de leur orientation ou leur identité de genre. Cette base de données n’en est pas à sa première utilisation par cette équipe. Elle avait déjà servi à une précédente étude qui révélait un risque accru de dépression et d’anxiété chez les personnes LGBTQIA+ à risque élevé de contracter le VIH.
Article initialement paru dans la revue Dialogues Économiques le 9 janvier 2026.
Référence : Lamontagne.E, Leroy.V, Howell.S, Boyer.S, Ventelou B., 2025, "Homophobia, economic precarity and the well-being of sexual and gender diverse people in a 153-country survey" Nature Human Behavior.
Crédit photo : ©Anete Lusina via Pexels