Lors de l’édition 2024 du Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science, 25 doctorantes et 10 post-doctorantes ont été récompensées en France. Ces dernières ont été sélectionnées parmi 771 candidatures par un jury composé de 43 chercheurs de l’Académie des sciences. Jehanne Aghzadi fait partie des lauréates.
Une thèse sur la sclérose en plaques
Ayant grandi au Maroc, c’est grâce à une bourse obtenue pour étudier à Miami que Jehanne Aghzadi se découvre une passion pour les neurosciences. Après un master en biochimie, elle décide de revenir à ses premiers amours en s’intéressant à la sclérose en plaques, qu’elle avait déjà étudiée pendant ses années de licence. Une maladie qui fascine Jehanne, car elle va à l’inverse de tout ce que l’on sait du corps humain : au lieu de nous défendre, le système immunitaire se rebelle et se retourne contre nous. Et justement, la sclérose en plaques fait l’objet d’une offre de thèse AMIDEX/NeuroSchool à Marseille à l’Institut de NeuroPhysiopathologie (INP, amU/CNRS) : étudier le rôle de TWEAK, une protéine neuro-inflammatoire, pendant la sclérose en plaques. Jehanne postule et obtient le contrat aux côtés du docteur Sophie Desplat-Jégo de l’équipe SInBioSE.
Améliorer le suivi des maladies neurodégénératives
Aujourd’hui en troisième année de thèse, Jehanne Aghzadi travaille sur la possibilité de faire de la protéine TWEAK un biomarqueur sanguin dans le cadre de la maladie. L’équipe SInBioSE avait déjà démontré que la protéine neuro-inflammatoire TWEAK augmentait dans le sang des patients pendant la période inflammatoire de la sclérose en plaques. La prise en charge de la maladie étant lourde pour les patients, l’objectif est de trouver un test de routine peu invasif qui donnerait l’occasion de suivre l’état d’inflammation du cerveau. Une simple prise de sang suffit. Cette technique améliorerait le suivi des patients en permettant une médecine davantage personnalisée, en adaptant les médicaments ou leur quantité par exemple.
L’équipe a également découvert que certains patients produisent des auto-anticorps contre TWEAK, tandis que d’autres non, et que cela s’accompagne d’une diminution du handicap. Comprendre et caractériser ces auto-anticorps pourraient faire avancer le développement de nouvelles thérapies.
Rencontrer d’autres scientifiques inspirantes et inspirer à son tour
C’est sur les conseils de son encadrante que Jehanne se présente au prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science. Sa motivation ? « Rencontrer d’autres femmes en début de carrière qui font des choses extraordinaires dans leurs métiers ». Elle souligne également un triste parallèle entre les jeunes femmes et son sujet de recherche : la sclérose en plaques touchant majoritairement des femmes avec un âge moyen de diagnostic aux alentours de 32 ans.
Enfin, le mentorat de jeunes femmes fait déjà partie intégrante de sa façon de pratiquer la recherche avec l’accompagnement de plusieurs étudiantes lors de son master à San Diego ou encore pendant ses années de thèse à l’INP. D’ailleurs, Jehanne souhaite, entre autres, utiliser ses gains (15 000 euros ndlr) pour se former davantage au mentorat, ainsi qu’au leadership, et pour rendre cette carrière scientifique plus visible et inclusive aux jeunes qui ne voient pas toujours les sciences comme une option accessible.
Article publié le 10 octobre 2024.
Crédits photo : Richard PAK et Clémence LOSFELD.